Le foot, c’est bon pour la santé

vendredi 16 janvier 2015 - 10:00 -  , Pr. Pierre Rochcongar, Médecin Fédéral National 
(source :  site fff.fr, dossier Football et santé)

 

Le Pr. Rochcongar, Médecin Fédéral National, fait le point sur la politique fédérale du foot, facteur de santé et de bien-être. Au cours des 10 dernières années, de très nombreux travaux scientifiques, et des communications destinées au grand public, ont mis en évidence les bienfaits de l’activité physique sur la santé (prévention primaire des maladies, mais aussi prévention secondaire et tertiaire (rechute). Par ailleurs, on sait que la sédentarité est un des fléaux majeurs de notre civilisation du 21° siècle. Il existe par exemple un lien direct établi entre le temps journalier passé à regarder la télévision et le risque de maladie grave.

 

La question posée pour la pratique du football est double :

  • Ce sport s’inscrit-il facilement dans des projets généraux de lutte contre la sédentarité, et de protection de la santé ?
  • Existe-t-il des spécificités qui permettent de conseiller la pratique du football, par rapport à d’autres activités sportives ?


1. Généralités

Il ne fait aucun doute, que le football, est une des activités sportives qui participent à l’amélioration de la qualité de vie. On sait que les recommandations actuelles portent sur 5 fois 30 minutes minimum d’activité physique modérée par semaine, ou 20 minutes à haute intensité. On parle d’une pratique de l’activité physique "Raisonnée, Raisonnable et Régulière" (règle des 3 R).

Le football répond parfaitement à ces critères. Il permet d’améliorer les capacités d’endurance, mais aussi de force (au niveau des membres inférieurs), de coordination. Comme toute activité physique, le football permet d’améliorer les capacités cognitives et d’attention chez les enfants.

En cela la pratique du football, participe à la prévention des maladies cardio-vasculaires, du diabète, de l’obésité, mais aussi de certains cancers, des maladies neuropsychiatriques comme la dépression.

 

2. Spécificités du Football

Il est habituel de dire que ce sport est universel. Ceci se confirme totalement quand on parle de sport-santé, puisque cette activité peut être pratiquée  à l’extérieur ou en salle, sur des terrains variés (allant du sable au synthétique), et de dimensions adaptées à l’âge et au nombre de pratiquants. On peut jouer au football dans des conditions climatiques très variables (à condition toutefois de respecter, comme pour tous les sports, les limites des exercices en ambiance trop chaude et humide, ou par très grand froid). On peut aussi, éventuellement, adapter les règles en fonction du handicap, en lien avec les spécialistes des fédérations handisport, comme le football en fauteuil roulant par exemple.

Les bénéfices de la pratique du football peuvent donc être obtenus, tant par la pratique compétitive, que par la pratique de loisir. Ceci représente l’avantage sur d’autre sports, de ne pas avoir à modifier les règlements inhérents à l’organisation de la compétition elle-même.

Si on s’intéresse plus particulièrement à la pratique hors compétition, les bienfaits du football sont indiscutables.

On peut citer, en tout premier lieu, l’impact de la "socialisation", retrouvé tout particulièrement en sport collectif, avec ses effets directs ou indirects sur le comportement, le respect de l’autre, la consommation de produits illicites. En cela, le football  n’est pas le seul moyen de lutter contre les maux de la société (c’est une évidence), mais il participe à cette mission.

Concernant le football et les maladies

On peut prendre un certain nombre d’exemple, pour illustrer le propos. Il est maintenant bien montré que faire pratiquer 2 fois 1 heure de football par semaine sur des terrains réduits (20 m sur 40 m par exemple), à des patients âgés de plus de 40 ans, diabétiques ou présentant une hypertension artérielle modérée diminue efficacement la pression  artérielle (aussi bien, voire mieux que les médicaments), et améliore le fonctionnement du cœur.

Chez les jeunes femmes, de nombreux travaux (notamment réalisés à Clairefontaine), ont montré que le football, comparé à d’autres sports, permettait d’augmenter le gain de masse osseuse. Ce facteur est primordial, puisque de la masse osseuse acquise dès 20 ans dépend, après la ménopause, le risque de perte de masse osseuse et de fracture (notamment du col du fémur) dont on connaît l’impact socio-économique majeur.

La pratique du football permet d’améliorer d’autres paramètres de santé. Des sujets obèses, pratiquant ce sport seront conduits plus facilement à prendre conscience qu’une limitation de leur prise alimentaire en quantité et en qualité (donc une diminution de leur masse grasse) améliore leur performance sportive, et leur confort de vie. Parallèlement la perte de poids diminue les risques de douleurs articulaires et d’arthrose. Il est à noter que certaines campagnes réalisées pour lutter contre l’obésité, en lien avec la pratique du football et portées par des joueurs de clubs professionnels, sont particulièrement efficaces, quant au message transmis , et aux effets sur la santé.

Concernant les pathologies articulaires, et en particulier ligamentaires, il serait aberrant de nier le risque potentiel de blessure, inhérent à la pratique de ce sport (et au mouvement en général). Toutefois, il faut insister sur le rôle préventif que peut avoir la préparation du footballeur vis-à-vis de certaines blessures (la rupture du ligament croisé antérieur du genou ou l’entorse de cheville par exemple). Grace à des programmes maintenant validés (en particulier par la commission médicale de la FIFA), il est possible de faire diminuer de façon spectaculaire ce type de lésion, dramatique pour le sportif, et ayant un impact socio-économique non négligeable. On peut prendre l’exemple des jeunes footballeuses de Clairefontaine, pour lesquelles ce type de programme a été extrêmement efficace, quant à la prévention des ruptures du ligament croisé du genou. De bons messages et une bonne prévention au travers du football, sont donc efficaces pour ce sport lui-même, mais aussi pour la pratique d’autres sports, comme le ski de loisir par exemple.

Enfin, et c’est un des avantages majeurs du football, par rapport à d’autres disciplines, il peut (et même doit) être pratiqué par nombre de malades pour lesquels les bénéfices dépassent largement les risques. On peut prendre deux exemples récemment mis en exergue, à savoir la pratique du football par les patients greffés des reins, du cœur, ou du foie (le cas E. Abidal est dans ce sens exemplaire), ou la pratique du football par des patients épileptiques. Il a même été montré très récemment les bienfaits de la pratique du football loisir chez des patients traités pour cancer de la prostate.

 

3. Rôle des instances

Nous ne pouvons, bien évidemment que faire, à notre niveau, des propositions et fournir des pistes de réflexion. Deux points majeurs :

  • Il est fondamental, pour la fédération française de football, de s’inscrire dans la politique préconisée par le Ministère des sports et le CNOSF.
  • Si le football peut être pratiqué partout et dans toutes conditions, comme nous venons de l’expliquer, les conseils concernant l’intensité, la durée, les conditions climatiques, l’équipement (chaussures adaptées), l’échauffement (prévention des blessures), la nutrition (alimentation, hydratation), l’hygiène (douche, équipement), la consommation de produits dangereux (tabac) ou illicites, mais aussi l’observance des programmes, sont absolument nécessaires, si l’on veut être efficace en terme de santé.


Il faut, pour cela poursuivre et amplifier les actions déjà mises en place ou en projet. Parmi les axes qui pourraient être suggérés :

  • Améliorer le niveau de connaissance des cadres techniques vis-à-vis des bienfaits de la pratique du football, dans une démarche de santé. Projet déjà en cours avec le module santé-sécurité de la DTN.
  • Mieux informer les dirigeants et les élus, et réfléchir à une mise à disposition des espaces de jeux, et de  l’encadrement nécessaire à ces nouvelles pratiques.
  • Développer des liens avec les mutuelles et assurances.
  • S’appuyer sur les médecins fédéraux, spécialisés dans le domaine du football, en développant, pour ceux-ci, une formation continue. Ces médecins, via les commissions médicales de ligue, et en lien avec les directions techniques doivent être le relais de communication auprès de leurs confrères, spécialistes et généralistes.


La Commission Médicale Fédérale doit poursuivre sa démarche d’ouverture auprès de sociétés savantes et de médecins d’autres spécialités, pour promouvoir la pratique du football, à l’instar de ce qui est en cours de réalisation avec les neurologues de la Ligue Française contre l’épilepsie, projet soutenu par les associations de malade. Elle doit soutenir toute action de promotion du football par ces associations, comme c’est déjà le cas avec les associations de transplantés. Pour cela elle doit s’appuyer sur la Commission Sport-Santé créée en 2012.

 

4. Conclusion

Au vu de cette synthèse, sans doute incomplète, il apparaît clairement que la promotion de la santé par le football est une réalité. Contrairement à d’autres disciplines plus techniques ou plus à risque, notre sport permet à la fois une pratique compétitive et de loisir.

Il nous faut toutefois en faire la promotion, en utilisant les preuves apportées par les nombreuses études nationales et internationales, et en organisant au mieux l’accueil, l’encadrement des pratiquants et l’information de leur entourage familial et médical.

 

 

RÉFÉRENCES

1. PNAPS Plan National de prévention par l’Activité Physique ou Sportive
Jean-François Toussaint. Ministère de la santé 2007

2. Activité physique et effets sur la santé
Expertise collective INSERM 2008

3. Les activités physiques, la santé, la société
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4. Recommandations générales d’activités physiques et sportives pour la santé
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In Médecine du sport pour le praticien (570 pages)
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5. High impact running improves learning
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